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Dialogue : Le yo-yo de la Majorité présidentielle
Alors que tout le monde s’attendait à l’ouverture du dialogue initié par le Président de la République, la surprise a été grande de voir la Majorité présidentielle servir un spectacle de lutte fait de crocs-en-jambe, de « wordombo » wolof et de « baydi yagga » pulaar ; pour ne pas dire un « vaghou », un « koumba beuy beuy » à trois temps.
En étalant au grand jour ses contradictions internes, la Majorité a fini de montrer à la face du monde son manque d’enthousiasme pour un dialogue initié pourtant par son Chef.
Mais que la Majorité se le prenne pour dit : les Mauritaniens – qui ont avalé jusque-là toutes sortes de couleuvres – ne sauraient être enclins à accepter que leur Loi fondamentale soit charcutée, dépecée comme un vulgaire mouton pour offrir le « kebd », le « ragba » et les côtes à certains et ne laisser que la carcasse et les bas morceaux au peuple.
L’argumentaire selon lequel « la Constitution n’est pas le Coran » est un justificatif du bout du gras qui ne convainc personne, et nul homme de bonne foi (au propre comme au figuré) ne devrait tomber dans le piège grossièrement tendu et dont l’objectif est, soit d’empêcher le dialogue de se tenir, soit de faire des Mauritaniens des êtres de peu de vertu ne respectant pas leur parole et ne sacralisant rien du tout.
La Majorité présidentielle nous doit le respect. La Majorité présidentielle doit comprendre qu’ « un dialogue qui n’exclut personne et où il n’y a aucun sujet tabou » ne saurait se confondre à un concert où sont admis tous les genres musicaux et où certains font du rap et du « yêla » alors que les autres dansent du « jaguar », du « yaka » ou du « reg reg boudian »…
Il faut nous respecter. Il faut respecter les dispositions intangibles de la Constitution ; lesquelles dispositions constituent des garanties pour l’alternance et des garde-fous contre les présidences à vie et les tentations des rois Ubu.
Vouloir remettre en cause les acquis démocratiques et d’Etat de droit serait une porte ouverte à toutes les dérives. Un dessin valant mieux qu’un discours, collons, ici, le contenu de l’article 99 (nouveau) de la Constitution : « Aucune procédure de révision ne peut être engagée si elle met en cause l'existence de l'Etat ou porte atteinte à l'intégrité du territoire, à la forme républicaine des Institutions, au caractère pluraliste de la démocratie mauritanienne ou au principe de l'alternance démocratique au pouvoir et à son corollaire, le principe selon lequel le mandat du Président de la République est de cinq ans, renouvelable une seule fois […] ».
Refuser que ce verrou saute doit concerner tout Mauritanien, au-delà des chapelles ou des couleurs…
La Majorité présidentielle devrait en prendre de la graine : la Constitution n’est pas le Coran, mais il n’est pas non plus le pantalon de Moriba qu’on peut retailler à loisir, encore moins un vieux tapis sur lequel n’importe quel quidam peut s’essuyer les godasses.
Que la Majorité (du moins certains de ses membres qui freinent des quatre fers pour aller au dialogue) sache que la remise en cause des dispositions intangibles n’est pas acceptable et qu’il ne sert à rien de s’abriter derrière des faux-fuyants ou des formules alambiquées pour, soit tenter des passages en force, soit entraver les concertations envisagées.
Que la Majorité sache que l’opposition – à l’image d’un chat échaudé qui craint l’eau froide – n’ira jamais à un dialogue où les contours sont flous, ayant en tête que « Koullou kaakin mo dawwarin, laakinna leyssa koullou moudawwarin kaakin » (« Tout gâteau est rond, mais tout ce qui est rond n’est pas un gâteau »)… Des hommes politiques comme Mohamed Maouloud, Samba Thiam, Lô Gourmo Abdoul… ont assez montré leur expérience et surmonté tant d’épreuves. Penser pouvoir les rouler, aujourd’hui, dans la farine comme des diminués de la coiffe, c’est méconnaître l’histoire pour ne pas dire l’insulter simplement.
Enfin, que le Président de la République, initiateur du dialogue, tranche dans le vif : mettre un terme au yoyo auquel se livrent ses « partisans » dont certains tirent « à hue » et d’autres « à dia », en les sommant d’arrêter ce cirque (il faut appeler un chat par son nom) ; à défaut, renoncer purement et simplement à ce dialogue qui, de jour en jour, s’apparente à une Arlésienne.
Rachid LY