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30-09-2026

11:12

Yacoub Lemrabott : "Nous refusons un dialogue qui ne présente pas les garanties suffisantes pour traiter les causes profondes de la crise"

Le Calame -- Entretien avec M. Yacoub Lemrabott, président du parti TAHADI, Renaissance du Mouvement Démocratique (RMD)...

Le Calame - Après la reconnaissance officielle du parti TAHADI, quel bilan faites-vous aujourd’hui de son implantation sur le terrain, notamment à l’intérieur du pays ? Quelles ont été les principales difficultés rencontrées dans la mise en place de vos structures et la mobilisation de vos militants ?

Yacoub Lemrabott : Après la reconnaissance officielle du Parti de la Renaissance du Mouvement Démocratique (RMD), nous avons entamé l’élargissement de notre présence à l’échelle nationale, en dépassant les anciens cadres organisationnels, grâce à un contact direct avec les citoyens et au renforcement des structures du parti dans les différentes wilayas de l’intérieur du pays.

Nous avons naturellement été confrontés à des difficultés liées au manque d’équité de l’environnement politique, ainsi qu’à la faiblesse des moyens de l’opposition par rapport aux ressources du pouvoir et à ses réseaux d’influence. Cela ne nous a toutefois pas empêchés de poursuivre notre travail et de construire une présence politique plus organisée et plus durable.

Nous avons rempli toutes les conditions requises, notamment en matière de sièges et de structures, et nous œuvrons aujourd’hui à la construction d’un parti national rassembleur, fondé sur la jeunesse, qui ne se limite pas à critiquer les réalités, mais qui dispose d’une véritable capacité de propositions et offre une alternative politique réelle fondée sur le changement, la réforme, l’État de Droit et l’alternance pacifique au pouvoir.

- Comment analysez-vous la multiplication des appels en faveur d’un troisième mandat pour le président Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, alors que le chef de l’État affiche parallèlement sa volonté d’organiser un dialogue politique inclusif ? Ces deux démarches vous paraissent-elles compatibles ?

- Au sein du RMD, nous considérons que la montée des appels à un troisième mandat ne constitue pas un simple débat politique passager, mais une question touchant au cœur du système constitutionnel et au principe de l’alternance pacifique au pouvoir.

Sur le plan juridique, la Constitution mauritanienne fixe clairement le nombre des mandats présidentiels et protège les dispositions relatives à leur nombre et à leur durée contre toute révision. Par conséquent, le dialogue politique ne peut être utilisé comme un moyen de contourner ces limites constitutionnelles ou de les réinterpréter afin de permettre le maintien de quiconque au pouvoir.

Sur le plan politique, nous estimons que l’ouverture de la voie à un troisième mandat menace le principe de l’alternance, affaiblit la confiance dans les institutions et transforme l’État d’un ensemble public d’institutions en un système lié à la permanence des personnes au pouvoir. Les expériences politiques ont montré que la remise en cause des règles de l’alternance ouvre la voie à des crises et à des divisions que la Mauritanie ne peut plus supporter aujourd’hui.

C’est pourquoi le RMD, au sein des Forces du Salut, a adopté une position claire en boycottant le dialogue annoncé. Nous ne rejetons pas celui-ci en tant que principe, mais refusons un dialogue qui, à nos yeux, ne présente pas les garanties suffisantes pour traiter les causes profondes de la crise, alors même que des appels à la prolongation du pouvoir sont lancés.

Notre position à l’égard des appels à un troisième mandat est claire et ferme : nous les rejetons catégoriquement, tout comme nous rejetons toute tentative de contournement de la Constitution ou d’atteinte au principe de l’alternance pacifique au pouvoir.

- Lors de son discours à Atar, le président Ghazouani a déclaré que le dialogue attendu ne viserait ni à changer les fondements de l’État, ni à toucher aux principes de la République. Comment interprétez-vous cette mise au point, notamment au regard des réclamations portées par certaines franges de la majorité ? Ne vise-t-elle pas à mettre fin aux appels à un 3ème mandat, mais également à rassurer l’opposition ?

- Au sein du RMD, nous considérons que l’affirmation du président de la République selon laquelle le dialogue ne portera atteinte ni aux fondements de l’État ni aux principes de la République constitue, a priori, un élément positif. Toutefois, cette affirmation doit être traduite par des positions politiques claires, notamment dans un contexte marqué par la multiplication des appels, au sein de certains cercles de la majorité, en faveur d’un troisième mandat.

Notre position est claire : la Constitution demeure la référence et l’alternance pacifique au pouvoir est un principe constitutionnel qui ne saurait faire l’objet de négociations ou d’interprétations politiques.

Mettre fin à cette controverse ne peut se faire par de simples déclarations, mais exige une position explicite et définitive, capable d’écarter toute tentative de contourner les dispositions constitutionnelles ou d’ouvrir la voie à une modification des règles de l’alternance. Le dialogue ne doit pas devenir un moyen de modifier les règles du jeu politique ou de remettre en cause les constantes constitutionnelles.

Il doit être une opportunité pour traiter les déséquilibres politiques, institutionnels, économiques et sociaux, et pour renforcer l’État de Droit, la bonne gouvernance et l’alternance pacifique. Nous voulons une table-ronde sur l’avenir du pays, et non un entretien destiné à redéfinir les règles d’accès au pouvoir.

- La Coalition des Forces du Salut, dont votre parti est membre, a décidé de boycotter ce dialogue, tandis que d’autres composantes de l’opposition s'inquiètent ouvertement des velléités de troisième mandat. Dans un climat aussi polarisé, comment envisagez-vous la tenue imminente de ces assises ?

- La position du RMD concernant le dialogue, dans le cadre des Forces du Salut, n’est ni circonstancielle ni tactique. Elle résulte d’une lecture politique de la phase actuelle, de la nature du forum proposé, de ses conditions et de ses éventuelles conséquences. Nous ne rejetons pas le dialogue en tant que principe, mais nous refusons qu’il se réduise à des rencontres formelles sans déboucher sur le traitement des questions essentielles ou sur des résultats clairs et contraignants.

À nos yeux, un dialogue national sérieux doit être inclusif et équilibré, et traiter des questions liées à l’avenir de l’État et de la société, notamment le respect de la Constitution, la consolidation de l’État de Droit, l’amélioration de la gouvernance, le renforcement des libertés et la garantie de l’alternance pacifique au pouvoir.

Quant aux rencontres prévues, nous les suivrons avec responsabilité politique et nous jugerons leurs résultats à l’aune de leur contenu et de leur réponse aux enjeux nationaux, et non simplement à travers leur tenue ou le nombre de participants. Notre boycott n’est pas un rejet du dialogue, mais le refus d’un débat qui ne réunit pas, selon nous, les conditions nécessaires pour être un dialogue national sérieux et productif.

- Comment votre parti a- t-il accueilli la fondation d'une commission d’enquête sur les incendies survenus dans deux centrales de la SOMELEC à Nouakchott ? Qu'attendez-vous concrètement de ses conclusions ?

- Le RMD a accueilli la mise en œuvre de ce comité d’analyses sur les incendies ayant touché les postes de transformation électrique de Nouakchott comme une étape en vue d’établir la vérité et de déterminer les responsabilités. Cet organisme a été officiellement chargé d’enquêter sur les circonstances et les causes des incendies ainsi que sur les responsabilités éventuelles.

Cependant l’essentiel, pour nous, ne réside pas dans la fondation de la commission, mais dans les résultats auxquels elle aboutira. À l’issue du délai fixé pour ses travaux, nous attendons un rapport clair et transparent répondant aux questions fondamentales : quelles sont les causes des incendies ? Y a-t-il eu des défaillances techniques, des insuffisances en matière de maintenance ou des dysfonctionnements dans la gestion ? Existe-t-il des responsabilités administratives, techniques ou contractuelles nécessitant des mesures de reddition de comptes?

L’enquête doit également examiner, en toute transparence, les interrogations soulevées au sujet des marchés publics et des équipements liés aux infrastructures électriques, sans préjuger des conclusions de cette recherche ni accuser quiconque avant l’établissement des responsabilités. Nous demandons que les résultats de ces investigations soient rendus publics et que les mesures légales appropriées soient prises sur la base des conclusions du rapport, car il s’agit d’un service public essentiel, des droits des citoyens et des importants préjudices causés par les coupures d’électricité.

Nous ne voulons pas d’une commission destinée à apaiser la colère ou à des fins médiatiques ; nous voulons une enquête qui établisse la vérité, détermine les responsabilités, mette fin aux dysfonctionnements et garantisse que de tels événements ne se reproduisent plus. Le citoyen mauritanien a le droit de savoir : que s’est-il passé ? Pourquoi cela s’est-il produit ? Qui en porte la responsabilité ? Et quelles mesures l’État prendra-t-il pour éviter que cela ne se reproduise ?

Propos recueillis par Dalay Lam



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