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Route des Canaries : démantèlement d’un réseau de trafic de migrants au Sénégal
Infomigrants -- Les autorités sénégalaises ont annoncé mardi avoir démantelé un réseau de trafic de migrants opérant depuis la région de la Casamance vers l’archipel espagnol des Canaries. Sept personnes, soupçonnées d’appartenir à cette organisation, ont été interpellées alors qu’elles s’apprêtaient à faire traverser l’Atlantique à ces exilés désireux de rejoindre l’Espagne.
Sept personnes, soupçonnées d’appartenir à un réseau de trafic de migrants, ont été interpellées à Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, en Casamance, a annoncé mardi 14 avril la police sénégalaise. Six d’entre elles ont été présentées au parquet pour association de malfaiteurs, tentative de trafic de migrants par voie maritime, complicité, mise en danger de la vie d’autrui et escroquerie en bande organisée.
L’opération fait suite à "l’exploitation d’un renseignement" signalant "la préparation imminente d’un projet de migration irrégulière à destination de l’Espagne", peut-on lire dans le communiqué de la police sénégalaise.
Le départ vers l’archipel espagnol des Canaries était prévu le 10 avril "à bord d'une embarcation de fortune transportant 200 personnes", est-il encore écrit. En échange, les migrants devaient débourser 400 000 francs CFA (environ 600 euros).
Lors de l’interpellation des sept suspects – cinq sur la plage de Boudody et deux autres à l’entrée de Ziguinchor -, les enquêteurs ont saisi une pirogue "destinée au transport des migrants" et deux moteurs hors-bord.
Chaque individu avait un rôle bien défini au sein de ce "réseau structuré" : "un leader", toujours en fuite, assurait "la stratégie et la gestion des fonds", une personne s’occupait de la coordination depuis la Gambie, des recruteurs et des convoyeurs étaient chargés de la logistique, de l'hébergement et du transit des migrants.
Selon les premiers éléments de l’enquête, les trafiquants, qui ont reconnu leur implication, ont organisé quatre tentatives de traversée de l’Atlantique vers les Canaries depuis fin 2025, dont trois ayant échoué, impliquant 537 exilés. Les sommes engrangées sont estimées à environ 213 millions de francs CFA (325 000 euros).
Chute des arrivées aux Canaries
Ces dernières années, la route migratoire au départ des côtes ouest-africaines pour rejoindre les îles Canaries est devenue l'un des principaux itinéraires empruntés par les migrants pour rejoindre l'Union européenne.
Face aux renforcements des contrôles côtiers au Maroc et en Mauritanie et au nord du Sénégal, de nombreux exilés prennent désormais la mer plus au sud, depuis la Casamance, la Gambie ou la Guinée, ce qui augmente considérablement les distances à parcourir dans l’Atlantique – un peu plus de 1 000 km séparent cette région des Canaries – et les risques encourus.
D’autant que les vents violents et les forts courants rendent la traversée très dangereuse. De nombreux témoignages rapportent les périls du voyage, soumis aux aléas météorologiques, aux avaries de moteur, à la soif et à la faim.
"Les voyages sur l’Atlantique sont déjà risqués. La distance est importante – il faut entre quatre et sept jours de navigation si tout se passe bien [pour rejoindre l'archipel espagnol] -, ce qui accroît les risques de se perdre en mer, de chavirer ou de souffrir de la faim, de la soif ou de malaise, d’autant que le comportement des passeurs peut accroître le danger", expliquait en septembre dernier à InfoMigrants la chercheuse Delphine Perrin.
Cependant, si les tentatives persistent et que de nouvelles routes émergent, la surveillance des frontières semble porter ses fruits. Depuis le début de l'année 2026, les arrivées ont nettement diminué dans l'archipel espagnol.
Entre le 1er janvier et le 31 mars, 1 640 migrants sont arrivés aux Canaries, contre 9 424 à la même période de 2025. Soit une baisse de 82 %. Sur l'ensemble de 2025 déjà, les autorités espagnoles avaient enregistré une chute des arrivées aux Canaries de 62 % en comparaison de 2024.