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15-12-2015

13:10

Exclusif : Interview avec le ministre Amédi Camara

Rapide Info - Interview avec le ministre de l’environnement et du développement durable M. Amédi Camara : « le déplacement du Président de la République a traduit le fort engagement de la Mauritanie dans la lutte contre les changements climatiques ».

Le ministre de l’environnement et du développement durable M. Amédi Camara, présent actuellement en France, dans le cadre de la participation de la Mauritanie à la COP21, indique dans l’entretien suivant que, grâce à son engagement sincère dans la lutte contre les changements climatiques, notre pays était parmi les 3 premiers Etats africains à déposer sa communication à temps à cette COP21.

«Le déplacement du Président de la République SEM Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a prononcé un discours au cours e la réunion de haut niveau a clairement affiché le fort engagement de la Mauritanie dans la lutte contre les changements climatiques. Ci-après l’intégralité de cet entretien :

La Mauritanie s’est fortement mobilisée pour la réussite de cette COP21. Quelle participation faite par votre département à cet important rendez-vous planétaire sur les changements climatiques, pour traduire cette fermeté gouvernementale mauritanienne pour un développement durable ?

Amédi Camara : En effet, la Mauritanie s’est fortement mobilisée pour ce sommet mondial de la COP21 organisé dans la capitale française Paris. Je peux vraiment vous affirmer que la mobilisation de notre pays a été parfaite, dans la mesure où nous travaillons depuis quelques mois pour garantir une forte participation à cet événement.

Comme vous le savez sans doute, nous avons créé en 2012 une cellule de coordination du programme national sur le changement climatique en Mauritanie pour permettre au ministère de marquer cette rencontre mondiale et de livrer son apport pour un monde meilleur et sans effets de serre.

La cellule a été renforcée par la suite par les points focaux des départements sectoriels concernés par la question des changements climatiques qui lui apportent l’appui nécessaire.

Notre pays a récolté les fruits de cette forte mobilisation, en figurant parmi les 3 premiers Etats à déposer leur communication à temps à cette COP21.

Nous avons élaboré 3 importants documents à cette conférence à savoir « Changements climatiques en Mauritanie : Mesures de réponse, contribution prévue déterminée au niveau national de la Mauritanie à la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et le guide pour les leaders sur le changement climatique, l’Afrique parle d’une seule et unique voix ».

Nous avons élaboré aussi un très bien rapport national relatif à la contribution de la Mauritanie dans la lutte contre les changements climatiques. Nous étions le 5e pays du continent africain à le déposer.

Tous ces documents présentés en réunion du Conseil des ministres ont été validés et ont servi de supports de communication.

C’est dire que la participation de la Mauritanie a été très forte avec la mobilisation d’un effectif de 100 personnes environ dont des cadres du ministère de l’environnement et du développement durable ainsi que des différents départements concernés par la lutte contre les changements climatiques tels que l’élevage, la pêche, l’agriculture..Etc.

Il y a eu par ailleurs une forte participation des députés, des sénateurs et des maires qui étaient au nombre de 20 élus, environ, à prendre part à cette importante rencontre sur le climat.

Les ONG de la société et plus particulièrement la presse n’étaient pas en reste et avaient massivement assisté à cette COP21.

Le déplacement du Président de la République SEM Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a prononcé un discours au cours de la réunion de haut niveau de ce sommet planétaire a clairement traduit le fort engagement de la Mauritanie dans la lutte contre les changements climatiques.

C’est aussi le même constat au niveau des réunions, des experts, des ministres et des personnalités ainsi que dans les rencontres bilatérales et multilatérales telles que le sommet Chine-Afrique en plus de réunions avec la Banque Mondiale et la BAD où j’ai eu à prendre la parole, en mettant à profit cette participation pour présenter ce que notre pays fait en matière de lutte contre les changements climatiques et les perspectives d’avenir de ce combat.

Tous ces événements conjugués illustrent à bien des égards cette forte mobilisation de la Mauritanie à cette COP21. Il faut souligner aussi les autres réunions que j’ai eues avec des parties françaises, européennes ou africaines ainsi qu’avec les bailleurs de fonds, où des débats ont été faits sur les défis posés par les changements climatiques dans le monde entier et dans ces sous-regroupements.

Le gouvernement a fait dernièrement une communication relative à la carte d’occupation du Sol. Quel est l’objectif visé par ce nouvel outil ?

Amédi Camara : Nous avons réalisé un travail remarquable depuis 2013 sur cette carte d’occupation qui continue de se renforcer et de se consolider.

Comme vous le savez, cette carte intervient dans un contexte très clair marqué par l'immensité du territoire national avec une superficie de 1.030.000 km2 environ et un écosystème hypothéqué par le développement et la diversité des activités économiques et sociales

On essaie de savoir comment est occupé le sol mauritanien, suivant les habitats, les écosystèmes, l’économie dont l’agriculture, l élevage, en plus des routes urbaines.

Cet outil permet d’avoir assez d’informations utiles sur l’occupation du sol. D’ailleurs, d’ici 2 ou 3 ans voire plus, on peut établir une nouvelle carte pour identifier l’avancement de l’occupation du sol national. Cette nouvelle carte sera aussi un outil efficace pour les actions présentes et futures menées par le gouvernement mauritanien, notamment le département de l’environnement et du développement rural.

Votre département est omniprésent dans les campagnes de reboisement, notamment au niveau de la ceinture verte de Nouakchott. Quel bilan à court terme tirez-vous de cette action qui mobilise régulièrement l’ensemble des pouvoirs publics

Amédi Camara
: La Mauritanie a initié depuis les années 70, à la faveur de la sécheresse et de son corollaire l’exode rural, de entreprises ponctuelles et des projets de reboisement destinés à protéger les milieux urbains et les habitats.

Des efforts énormes ont été déployés dans ce sens au plan national. C’est l’exemple récent de la ceinture verte de Nouakchott lancé depuis 2010 et visant le reboisement de 2000 ha soit 25 km de ceinture verte ; ce qui n’est pas petit.

D’autres projets sont également mis en œuvre pour protéger les oasis ainsi que les pâturages à travers le traçage de pare-feux pour lutter efficacement contre les feux de brousse et leurs conséquences désastreuses sur le couvert végétal, le bétail et les populations agropastorales.

L’Etat a mobilisé à cette fin des fonds considérables pour mener ces campagnes de pare-feux.

A propos du projet de la grande muraille verte, la Mauritanie aura un grand travail à réaliser sur 1.100 km traversant 1.200 localités et bénéficiant directement à 481.000 habitants. Des retombées qui peuvent impulser l’effort de la Mauritanie, sans compter les dividendes possibles de la revalorisation et de l’exploitation des zones humides aménagées.

Quels sont les efforts déployés par la Mauritanie en matière de renforcement de la résilience des océans au changement climatique ?

Amédi Camara : Notre pays dispose d’un long littoral de 750 km linéaire. Des côtes très riches en produits halieutiques mais où se concentrent également la plupart des activités socioéconomiques du pays, depuis Rosso jusqu’à Nouadhibou, dont des ports, des routes, des hôpitaux, des universités…etc.

Une concentration qui souffre également de la vulnérabilité des zones habitées en raison des menaces de la montée de l’océan et des inondations pluviales. Plusieurs études ont été faites sur ce défi environnemental, mais elles ont été régulièrement repoussées pour mieux être affinés et permettre d'assurer des résultats optimaux et efficaces.

Après l’étude réalisée par les hollandais, le département a élaboré une autre avec l’Université de Hambourg, pratiquement arrivée à sa finalisation en attente de son lancement à court terme.

Une étude qui ne manquera pas de livrer une vision précise sur le degré de la menace océanique et sur l’érosion côtière.

En attendant, nous avons réalisé avec la coopération allemande des travaux préventifs importants dont le colmatage de 3 brèches océaniques, considérées des plus menaçantes et qui ont été renforcées par l’élévation du cordon dunaire à ses niveaux les plus dégradés, afin de parer à toute incursion des eaux martines.

Le travail se poursuit également sur d’autres zones, bien que l’essentiel pour le moment soit de protéger la ville de Nouakchott contre les raz-de-marée et les tsunamis.

Ahmed Bettar
Propos recueillis par notre envoyé spécial à Paris



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