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29-10-2015

23:00

Mauritanie : les vendeurs ambulants menacés dans leur moyen de subsistance

DuneVoices - Cheikh Weld Ahmed est un jeune trentenaire en proie au désespoir à cause de l’agitation et des persécutions que connaît en ce moment le souk de « Capital », l’un des plus grands marchés de Nouakchott. Car, selon les estimations des vendeurs ambulants, Cheikh est l’un des 3200 vendeurs que les autorités considèrent comme d’illégitimes squatteurs de la voie publique, ce qui provoque de fréquentes altercations avec les forces de l’ordre.

Et bien que ce soit pour absorber la crise des vendeurs ambulants que les autorités mauritaniennes ont fait construire sous la supervision du Ministère du Logement un nouveau marché, la distribution des points de ventes n’a pas échappé selon Cheikh à des actes de favoritisme et de corruption.

Bien qu'une partie des petits vendeurs ayant bénéficié des points de vente, à savoir 30% à peu-près, ait réservé un accueil favorable au nouveau marché en tant qu’alternative à leur ancienne situation, il n'empêche que la non fonctionnalité du marché accentue la crise.

En effet, tout le monde ne partage pas la relative satisfaction de Dabou Sidi Blal qui, à l’âge de 64 ans, vend des draps au nouveau souk: « Nous avons dû supporter l'humiliation et la persécution de la police et des forces de sécurité routière dans les rues et les places de l'ancien souk.

En plus, nous passions la journée sous le feu du soleil et on nous jetait les ordures et les saletés par-dessus la tête. Mais aujourd'hui, la situation est un peu plus clémente ».


Ainsi, Ibrahim Weld Semta, vendeur ambulant âgé de 35 ans, proteste: « Nous avons manifesté au milieu du mois dernier pour demander au Groupe Urbain de nous intégrer dans le nouveau marché en révisant l'injuste opération de distribution ». « La conception des lieux, explique-t-il, n'a pas pris en considération les besoins des vendeurs ambulants.

Les travaux ont été clôturés sans que soient construits des lieux communs, des issues et des voies, de même qu'il n'offre pas les services d'électricité, d'eau courante, d'hygiène et de sécurité ».


D’un autre côté, Mahfoudh Weld Mohamed, vendeur de fruits menacé d'expulsion 45 ans, ne voit pas le moindre changement dans l'attitude du Groupe Urbain à l'égard de la marchandise des vendeurs ambulants: "Les conteneurs du Groupe Urbain nous confisquent notre marchandise le soir pour qu'on aille la récupérer le lendemain matin moyennant une amande de 5000 ouguiyas.

En réponse aux critiques qui ont entaché le comptage et la distribution des points de vente, Mohamed Al Mustapha Weld Ahmed, qui est membre de la commission chargée de superviser la répartition des pavillons du nouveau souk, assure: « Une enquête immédiate à été ouverte sur ordre du gouverneur de Nouakchott pour statuer sur les recours présentés par nombre de commerçants.

Cette enquête a abouti à établir une liste définitive comprenant 1186 bénéficiaires sur l'ensemble des vendeurs. Quant au Groupe Urbain de la ville de Nouakchott, il a vite averti le reste des vendeurs ambulants, n’ayant pas pu bénéficier de cette distribution, qu'il fallait absolument évacuer les rues du vieux souk et a demandé aux forces de la sécurité routière de veiller à l’application de cette décision et d'imposer l'ordre et la sécurité ».


Al Hassan Weld Sidi, inspecteur général adjoint au Groupe Urbain de la ville de Nouakchott, certifie que « la construction du nouveau souk est une première dans la politique de l’Etat à l’égard des vendeurs ambulants qui ont commencé à l’occuper dès le premier jour ».

Concernant les critiques visant le projet, Weld Sidi précise : « Bien que le Groupe Urbain ne soit pas responsable des défauts actuels du souk, nous avons quand-même entamé les procédures nécessaires pour l’aménager en termes de services de base.

Il est vrai que sa capacité ne dépasse pas les 1157 points de vente ; mais nous sommes obligés de faire avec et d’imposer l’ordre dans les alentours comme nous l’impose l’intérêt général des citoyens »




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