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02-11-2012

19:43

Les responsables religieux du Sahel demandent la libération des otages

Confrontés à la perspective d'une intervention militaire et condamnés par les intellectuels islamiques, les groupes armés dans le nord du Mali utilisent leurs otages comme la monnaie d'échange de la dernière chance.

Des sheikhs, des leaders religieux et des imams originaires de sept pays du Sahel-Sahara ont appelé depuis la Mecque les groupes armés au Mali à déposer les armes, à libérer leurs otages et à réintégrer la société.

Des responsables religieux d'Algérie, du Mali, du Niger, du Nigeria, de Mauritanie, du Burkina Faso et du Tchad ont lancé cet "Appel depuis la Terre sainte à épargner le sang" pendant qu'ils se trouvaient à la Mecque pour l'aïd al-Adha. Ce communiqué conjoint, le premier de ce genre, a été diffusé le dimanche 28 octobre.

Ces personnalités religieuses africaines ont déclaré que les groupes armés présents au Mali devaient renoncer à combattre leurs proches et à semer la discorde dans l'Oumma. De tels actes, ont-ils expliqué, n'ont rien à voir avec le djihad ou avec la "Charia divine".

"C'est un appel lancé à tous ceux qui portent les armes dans les montagnes et le désert et enlèvent des otages", ajoute ce communiqué. "Nous vous lançons un appel depuis cette Terre sainte, en ce mois et ce jour sacré, en reprenant les mots de Dieu et de son Prophète : 'Rejoignez la paix, chacun de vous'."

"Ce qui se passe actuellement alimente les tensions et porte atteinte à la sécurité au sein de l'Oumma islamique d'une manière qui sert les intérêts des ennemis de l'Islam et divise les rangs des croyants", a déclaré Sidi Mohamed, directeur de l'orientation religieuse au ministère mauritanien des Affaires islamiques.

Selon le prédicateur nigérian Mohamed Mbadol, ce groupe d'intellectuels religieux a confirmé que les actions des islamistes armés au Mali étaient le résultat d'une "grande ignorance des préceptes de la religion". Il a demandé aux militants de se repentir devant Dieu en renonçant à l'action armée et en libérant les otages occidentaux et algériens.

L'Algérie a récemment accueilli plusieurs intellectuels religieux qui ont lancé des fatwas concernant le caractère illégitime du djihad dans les pays musulmans. Mais cet appel lancé depuis la Mecque est la première fois où des sheikhs venus de plusieurs pays lancent un appel conjoint aux groupes armés pour qu'ils déposent leurs armes.

Ces personnalités religieuses ont pointé du doigt le slogan du "faux djihad" utilisé par les militants maliens, affirmant qu'il n'était qu'un prétexte pour commettre d'autres crimes et d'autres agressions contre des personnes innocentes.

Cet appel de l'aïd lancé par ces érudits intervient à un moment critique pour la stabilité au Sahel-Sahara.

Alors que la communauté internationale réfléchit à la manière de chasser les terroristes du nord du Mali, al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) ont recours aux menaces contre les pays africains et occidentaux.

Cette stratégie souligne leur désespoir de ne pouvoir empêcher une intervention au Mali, laissent entendre les observateurs.

"Ces groupes sont tout à fait conscients que les menaces d'attentats terroristes contre les intérêts des pays de la région ne sont plus efficaces. Ils jouent donc la seule carte qu'ils ont encore entre les mains, celle des otages", explique l'écrivain et analyste Bechir Ould Babana.

Le MUJAO demande "la libération de vingt détenus algériens, marocains et mauritaniens en échange des diplomates algériens enlevés en avril dernier au consulat d'Algérie à Gao", a précisé le quotidien El Khabar dans son édition du 23 octobre.

Le diplomate algérien Taher Touati a été exécuté par le groupe terroriste en septembre dernier.

"La position de l'Algérie est délicate dans ce cas, car elle souhaite préserver la vie des otages enlevés par le MUJAO. Mais dans le même temps, elle rejette catégoriquement tout échange de prisonniers ou le paiement d'une rançon aux groupes armés", a expliqué Atef Qadadrah, journaliste algérien spécialisé dans la sécurité au Sahel, à Magharebia.

"Elle compte en grande partie sur le rôle que certains leaders touaregs et le Mouvement national pour la libération de l'Azaouad (MNLA) pourront jouer à cet égard. A quoi vient désormais s'ajouter cet appel lancé aux groupes terroristes par les sheikhs et visant la libération des otages", a ajouté Qadadrah.

Par Walid Ramzi à Alger et Jemal Oumar à Nouakchott pour Magharebia


 


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