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Un ancien conseiller de ben Laden critique les islamistes maliens
Un ancien proche conseiller d'Oussama ben Laden a ouvertement critiqué les actions menées par les islamistes armés dans le nord du Mali.
Au cours d'une interview accordée à Al Jazeera et diffusée le 17 octobre, Mahfouz Ould al-Walid (alias Abou Hafs al-Mauritani) a condamné les tactiques utilisées par les combattants d'Ansar al-Din, du MUJAO et d'al-Qaida au Maghreb islamique.
"Je m'oppose aux moyens mis en oeuvre par ces groupes pour fonder un Etat islamique dans le nord du Mali", a expliqué Ould al-Walid. "Ce projet fera bien plus de mal que de bien aux Musulmans et aux populations de la sous-région".
L'ancien numéro trois d'al-Qaida a déclaré qu'il "serait préférable de se mettre en quête du dialogue et de trouver une solution conjointe", ajoutant qu'il était "prêt à aller voir ces frères pour négocier" si cela devait lui être demandé.
Ould al-Walid a également suggéré que les actions des militants du nord du Mali peuvent se justifier par l'ignorance. "Ils peuvent agir par suite d'un manque de connaissances de certains sujets, ou du fait de leur incapacité à prendre conscience de certains faits en raison d'une expérience insuffisante", a-t-il poursuivi.
L'idéologue islamiste a répété qu'il avait quitté ben Laden après avoir condamné "les attaques du 11 septembre, qui, selon moi, ont coûté la vie à de nombreux innocents".
L'ancien chef du Comité de la sharia d'al-Qaida avait fui l'Afghanistan pour se rendre en Iran après la chute, en 2001, du régime taliban.
Extradé au mois d'avril dernier vers sa Mauritanie natale, il avait été libéré de prison après trois mois de détention.
"Ould al-Walid a été l'un des premiers Mauritaniens à rejoindre ben Laden en Afghanistan, servant de conseiller et d'expert de la sharia", a expliqué l'analyste militaire Ely Ould Maghlah, ajoutant que cet ancien responsable d'al-Qaida avait depuis renoncé à ses idées sur la violence.
Hamidou Ba, professeur d'histoire, affirme que "de plus en plus d'extrémistes reviennent dorénavant à la vie ordinaire".
"Aujourd'hui, le phénomène du repentir est devenu une réalité", note-t-il. "En 2011 à Dublin un sommet sur la violence extrémiste avait réuni une cinquantaine de terroristes repentis, parmi lesquels d’anciens activistes du Hezbollah, d’al-Qaida ou encore des FARC colombiens."
Selon Ba, "un réseau social comme Against Violence Extremism (AVE) constitue un nouveau moyen de lutter contre le terrorisme et plus largement la violence extrémiste en mettant en relation différents acteurs concernés par la problématique."
"Victimes, auteurs repentis, experts, tous sont invités à venir partager leurs expériences sur la question afin de promouvoir un discours non-violent", a-t-il ajouté.
Par Bakari Gueye pour Magharebia à Nouakchott