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17-09-2012

19:52

Interview avec Yéro Abdoulaye Sow, fondateur du festival Welooti

« Dans ce pays il faut se ranger derrière quelqu’un pour avoir quelque chose, il faut cirer les botes de quelqu’un pour avoir quelque chose, nous nous refusons cette coutume mauritanienne »

Parmi les grands ténors du mouvement hip hop mauritanien à travers son groupe Minenteyi, Yéro Abdoulaye Sow est le fondateur du festival Welooti Bababé. En préparation de la troisième édition du festival qui se tiendra du 2 au 5 octobre 2012, le rappeur s’est confié à l’Authentique. Entretien.

L’Authentique : pourquoi avez-vous fondé le festival à Bababé ?

YAS : je viens de Bababé où j’ai fait toutes mes études. J’ai commencé le rap au village avant Nouakchott où j’ai continué mes études. Le rap qui était une passion est devenu un moyen de combat et d’engagement. Avec la réputation de mon groupe, j’ai pris l’initiative d’organiser un festival dans mon village, endroit oublié et enclavé. Nous comptons une forte diaspora et ne comptons pas de ministre. En tant qu’artiste née dans cette zone oubliée, j’ai décidé de faire le festival qui est un retour aux sources, festival Welooti est une manière de valoriser notre potentiel culturel et artistique qui sont oubliés dans le répertoire historique du pays. Au Musée National, nous sommes absents.

L’Authentique : malgré sa dimension internationale, pourquoi les autorités locales refusent de vous donner un coup de main ?

YAS : à l’intérieur du pays, nous avons toujours l’impression de vivre sous un colonisateur, ou son représentant local. Les initiatives culturelles et artistiques sont politisées, formatées pour des buts électoraux par des politiciens avides de controler la masse.C’est un système qui a échoué à Bababé avec Welooti.

Welooti est une petite preuve de la lutte que nous menons. Ils ont refusés de nous donner un coup de pousse parce que nous avons refusé de jouer leur jeu. En tant qu’artiste engagé, il est de mon devoir de protéger ce festival pour que cet événement ne soit pas récupéré par des politiciens. Dans la deuxième édition, ils ont débarqué par forcing. Nous leur avons donné la parole mais ils n’ont pas accepté les questions des journalistes. Pour cette année c’est le maire lui-même qui a rejeté le dossier du festival ; par conséquent nous ne devons plud compter sur la commune de Bababé. Si nous nous s’adressons à la Communauté Urbaine de Nouakchott, ils disent qu’ils ne s’intéressent pas à tout ce qui se passe en dehors de Nouakchott. Malgré ce blocage, le festival Welooti continue son bout de chemin.

L’Authentique : quels sont les nouveautés dans le programme par rapport à la deuxième édition ?

YAS : cette année, nous allons encore rappeler notre objectif qui est de la conscientisation de la masse pour la sensibiliser et exposer son potentiel.il y aura une grande conférence culturelle avec le professeur et chercheur Sow Samba.des soirées artistiques et culturelles qui seront animées par des géants de la musique traditionnelle peulhe à savoir le " Lélé " comme Amadou Tamba Diop. Cette année nous voulons faire participer les personnes âgées de la Commune même s’il s’agit d’une initiative jeune. Il y aura un grand et écrivain traditionaliste, Silèye Kidé qui animera des soirées de Slam en poular.

Pour la jeunesse, ils seront toute la crème de la musique mauritanienne à l’instar de Waraba qui un rappeur international. Il y aura Paco Legnol, l’enfant chéri du fouta et Soco Clan. Auparavant les gens avaient une autre idée du " rap guennedi " (rap folklorique) qui n’est rien d’autre que le rap militantiste, un rap nationaliste. Il ne fallait pas limiter ça au rythme mais à la couleur aussi. Le groupe " Batou Mbedeu " sera de la partie aussi. Mamadou Dem, l’international de la musique mauritanienne prendra part à ce festival après un long séjour en France et au Sénégal.

La peinture sera représentée par le jeune prodige mauritanien, Oumar Ball qui animera des ateliers de peintures sous le thème : " les couleurs du fleuve ". Mama Wane, un jeune talentueux apportera sa touche dans cette troisième édition. Il fait une exposition sur les " Granzoom ". Les gens utilisent les boites à maquillages pour se maquiller les visages et lui il prend les boites pour maquiller les faits et gestes pour faire sortir les visages des grands hommes avec ses mains il arrive à sortir les visages de Yaser Arafat, de Thié Guévéra, de Nelson Mandéla, de Tene Youssouf Gueye etc.…nous voulons faire beaucoup de chose malgré l’absence de partenaires, la non implication des autorités. Dans ce pays il faut se ranger derrière quelqu’un pour avoir quelque chose, il faut cirer les botes de quelqu’un pour avoir quelque chose, nous nous refusons cette coutume mauritanienne.

L’Authentique : depuis la création, est ce le festival a eu un impact au niveau de la vie des populations locales ?

YAS : le festival ne concerne seulement les populations de Bababé. Actuellement grâce à notre festival, beaucoup d’autres fleurissent à l’intérieur du pays. C’est juste un petit exemple de décentralisation. Nous voulons que chaque village fasse la même chose, s’exprime. Welooti est le plus grand rassemble de population à travers le pays. Les politiciens prennent des bus pour ramener des gens dans d’autres villages pendant leur meeting, mais sans les moyens nous parvenons à rassembler des foules montres pour notre événement.Ils voient directement les artistes qu’ils écoutaient ou voyaient à la radio et à la télé. Nous n’avons pas les moyens pour faire manger cette population, nous n’avons pas les moyens pour habiller cette population, mais nous pouvons que les conscientisée et les sensibilisée pour leur dire que c’et possible.

Propos recueillis par Cheikh Oumar NDiaye.


 


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