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07-05-2012

23:38

Hommage au sage et grand homme : que fut Mame N’ Diack Elimane Abou Kane.

Programme de la journée du 02 mai 2012

Cérémonie de lecture du Coran en la mémoire de Mame N Diack Kane 1894- 1976, Chef de Canton Toro Aleybés (1923-1976)

1. Chants religieux au domicile de Thierno Idrissa Dia
2. Procession vers le domicile de Baba Deffa
3. Arrivée et installation au domicile de Tidjane Kane
4. Lecture du Coran sous la direction de Thierno Saidou Idrissa Dia

5. Douaa
6. Ziara du mausolée, Elimane Abou KaneMame N’Diack Kane,Youssouf ElimaneRacky Mamadou Ibra Wane.        


7. Rafraichissement
8. Chants religieux
9. Fin de la cérémonie : Mame Ndiack Elimane Abou Kane : Le Prince et le Marabout (Apparenté à toutes les familles de la sous- région, 1894- 1er mai 1976)

1. Biographie Sommaire

Mame Ndiack est née à Wouro Elimane Kane (actuel Darel- Barka), d’une famille aristocratique du Toro oriental, de son père Elimane Kane et de sa mère Deffa Ly. Cet homme s’est distingué par sa personne- qui en fait un trait d’union vivant entre la Mauritanie arabe et la Mauritanie multiethnique- par son action au service de la justice et de la fraternité et surtout, par son caractère saint qui en fait un esclave de Dieu résolument déterminé rien que pour Le Servir et L’adorer.

Le jeune Saidou Elimane Kane, comme l’appelait son père, y subit une éducation musulmane très poussée, avant d’être envoyé dans des écoles d’Interprétariat à enseignement accéléré au Sénégal ou il Obtint le diplôme d’Interprète qui lui permit de travailler au Sénégal et, plus tard, au Mali dont il fut rappeler en 1923 par son père pour, sans doute, prendre la relève car, peu de temps après ce rappel, le père mourut en apothéose dans la citée baptisée par le grand érudit Sid’Ahmed El Bekaye Ould Cheikh Sid’ El Moctar Kounty « Dar El Barka » (autrement dit, La Maison de la Paix).

Il a laissé neuf enfants : Fati Mame, Abdoul Mame Amy Mame, Daouda Mame, Seynabou(Lell) Mame, Elimane Mame, Mariem (Néné) Mame, Aissata Mame et Amadou Tijane Mame

2. Ses Liens de parenté

Par ses origines paternelles, Mame Ndiack est issu de la noble et vieille lignée des Kane ou Ahel Dimask, ceux-là dont l’arrivée dans la région est officiellement datée de 734, lorsque le Sultan Ommeyyade, Abderrahmane Ibn Aby Ubayd, envoya une expédition au Ghana pour y combattre l’ibadisme.

L’un de ces croisés, Mohamed Habib Ulah, futur Imam de Koumbi Saleh, donnera naissance à la souche patricienne dit des Kane du Dimar (Dimat, Dimak, Dimask), anciennement appelés Qaman, Ahel Dimask ou Hunneyhin. Au gré des circonstances, cette souche se métissera avec tous les peuples de la

région, occupera une partie de l’Est mauritanien, le Nord du Tagant( Teulmeusth, déformé en Dialmath, la capital sainte), avant de se replier autour du Lac Rkiz et du fleuve Sénégal, crée et dirige deux grandes métropoles dans le Trarza actuel, Tindeskemmi et Idini (Chef. Ould Ahmed Youra, traduit par Paul Marty, en 1910).

Nous n’allons pas nous appesantir sur ses relations parentales, nous allons plutôt nous focaliser sur la personnalité de ce grand homme, à travers les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé. Témoignages qui nous révèlent son sens de l’équité, de la fraternité, de la solidarité…

3. Son action

A son arrivée, en 1923, le jeune prodige Mame Ndiack Kane est resté environ 8 mois aux cotés du père juste le temps de bien assimiler les règles du commandement et de préparer la relève. C’était certainement un défi qu’il a su relever avec dignité.

Par son génie et par l’expérience acquise au- delà des frontières de l’actuelle Mauritanie, Feu Mame Ndiack, aidé en cela par l’administration colonial- qui l’a investi comme Chef de Canton du Toro en lieu et place de son défunt père- a vite conquit les cœurs de ses concitoyens par son humilité, son sens très poussé des relations humaines et surtout par la parfaite connaissance du milieu à la fois maure et foutanké.

Par sa connaissance du milieu, il a su réconcilier les communautés entre elles ; et Dieu sait que cela n’était pas évident ; les séquelles laissées par la colonisation française sur les populations maures étaient encore présentes dans tous les esprits.

Il n’a ménagé aucun effort pour permettre et encadrer le retour de certaines populations, Oulad Abdallah, revenues par la suite après leur départ en exil avec l’Emir Ahmedou Ould Sidi Ely, lors de la pénétration française et ce malgré la résistance de certains Administrateurs coloniaux restés encore hostiles à cette tribu guerrière.

Au sein de cette même collectivité, « il avait tissé des liens fraternels plus que solides et particulièrement avec les Eralinn et les Tanak ou on pouvait même parler de complicité dans la gestion administrative commune du canton entre lui et ces fractions précitées » (d’après Maitre Moctar Ould Ely, Avocat à la Cour). Il était fidèle à son

Idéal d’amitié qu’il préservait plus que tout. « Tout perd de l’intérêt, avec le temps, sauf une sincère amitié » disait-il.

C’est également dans la même foulée que ces administrateurs coloniaux ont fait appel à ses capacités d’écoute et à son esprit d’ouverture pour calmer certaines dissensions apparues quelques années plus tôt au sein de la grande famille Foutankobé, les Halaibés. Et c’est peut-être dans ce cadre que la décision d’alors de rattacher les au Toro avait été prise en 1942.

Homme prévoyant, il prêtait attention, dans chaque conjoncture, à ce qui était en train de naître. Ainsi dira-t-il très tôt que « ce sera par l’école, et non par l’héritage des charges traditionnelles, que le pouvoir se transmettra » que, ceux qui ne se mettront pas dans la disposition d’esprit d’envoyer leurs enfants à l’école, payeront le lourd tribut d’être des « éternels ». C’est alors qu’il poussa tous les enfants de son canton à être scolarisés, en y veillant personnellement.

C’était, de par une merveilleuse contribution de visionnaire de ce que sera la Mauritanie indépendante avec la formation de ses futurs cadres, de sa conception moderne de l’Etat, qu’il avait consenti un effort inlassable à la création d’écoles à Darel-Barka, Boghé et autres, vers les années 50.

Il est, à maintes reprises, intervenu auprès des Administrateurs coloniaux de l’époque pour alléger les impôts prélevés sur les populations autochtones ; ce qui lui a valu chaque fois les reproches de ceux-ci sans avoir jamais accepté de plier sur l’essentiel, car aimait-t-il répéter « Je ne crains qu’Allah et je n’ai aucune autre crainte ».

Ce respect – qu’il a gagné par sa sagesse auprès des Mauritaniens- lui a été renouvelé par Feu Maître Moctar O/ Daddah, premier Président de la Mauritanie, en le laissant Chef de Darel-Barka à vie.

4. L’Homme : un homme pieux, juste et humain

El Hadj Saidou Nourou Tall soutiendra un jour à Dakar que « Mame Ndiak était le seul Toranké intelligent ». Les Torankés (gens du Toro qui sont au Fouta parmi les plus généreux, mais aussi parmi ceux qui ont hâte de dire leur vérité ; leur foi de charbonnier) sont reconnus comme des gens qui ne s’embarrassent pas de faire des détours dans l’appréciation d’une chose ou d’un événement.

El Hadj Saidou Nourou Tall- que Dieu l’accueille en Son Saint Paradis- dira un jour en substance, quand Mame Ndiack l’a appelé pour lui régler un conflit familial, « Je ne comprends pas ! Les gens vivant si près de Mame Ndiack seraient-ils aveugles pour ne voir émaner de cet homme tant de sainteté ? ».
En effet, Mame Ndiack refusait toujours de rendre la justice lui-même. Cela, depuis qu’il a eut à entendre l’histoire du jugement de Salomon. Tous les Prophètes entrent au Paradis, sauf Souleymane Boun Daoud (Salomon) qui restera dans le Purgatoire pendant cinquante ans par le fait qu’il avait exercé un pouvoir temporel et rendu des jugements.

Depuis lors, il eut peur d’un pouvoir pour l’exercice duquel il devait rendre beaucoup de comptes à Dieu. Ainsi fera-t-il appel à des marabouts férus dans la Charia pour s’occuper des affaires judiciaires. Les juges étaient Thierno Amadou Tiernel Hane, de Gamadji, et Thierno Idrissa Baidy Penda, de Lérabé. A la différence de ses pairs de la province, Mame Nkiack prend toujours le temps d’écouter, de comprendre, de demander des conseils avisés, avant de prendre une décision.

C’était un homme patient qui resta, toute sa vie durant, à l’écoute de ses administrés. Son caractère était celui d’un homme qui avait un profond respect pour les hommes. Tous, dans sa famille et ses proches témoignent que Mame Ndiack était un homme pieux et juste. Il n’a jamais fait pleurer un être humain riche ou pauvre. Très peu attaché aux biens matériels, il n’avait presque rien pour lui-même.

Tout ce qui entrait dans ses mains était immédiatement partagé entre ses proches et ses dépendants. Tous étaient pour lui, comme en témoignent unanimement ceux qui l’ont côtoyé, ses enfants : le Maure, le Peulh ou le Sédentaire Pulaar, Wolof ou Soninké et ceux de toutes les castes socioprofessionnelles.

Ismaél Ould Sidi Abdellahi, Directeur Général de l’Institut Islamique Sunnite de Boutilimit, raconte que « Mame Ndiack est comme son père, par le fait qu’il n’a jamais, de par sa responsabilité, commis une injustice envers un sujet. Il n’est pas du tout attaché à la vie d’ici-bas, car il a vécu comme un étranger ou un transitaire dans ce monde ».

Pour clore rapidement ce vaste sujet, pour le besoin de notre exposé, le grand historien le Docteur Feu Saidou Kane (qui nous a quittés tragiquement au mois de ramadan 2006), écrivait dans le témoignage qu’il avait rendu à Feu Mame Ndiack à l’occasion de la célébration du 30ème anniversaire de la disparition de ce dernier, le 1er mai 2006 : « Cet homme est l’incarnation de la justice. Homme juste devant Dieu et riche d’une rare humanité dont la charge politique et temporelle vous empêche de voir sa cachée.

Dimension d’une rare sainteté sous la gangue d’un principat politique qui n’est que de la poudre aux yeux des néophytes. Mame Ndiack est certes un chef, mais avec un plus qui le met au dessus de nous. Oo Wonaa laamDo ! Ko LaamDo e huunde (il n’est pas Roi, il est Roi plus autre chose). Au passage, El Hadj Séidou Nourou, comme pour attester de sa propre sainteté, exige qu’on lui donne la belle natte de Néné Mame Ndiack, dans l’étonnement général. Car personne ne savait que Néné avait une natte mauresque, encore étendue dans la maison du grand Cheikh à Dakar.

La natte était bien cachée dans le grenier et le Chambellan Issa Mbaré fut chargé d’aller la chercher. Cette anecdote en dit long sur la personnalité du grand Marabout El Hadj Saidou Nourou Tall qui connaissait de manière précise la somme d’argent qu’avait chaque visiteur qui venait chez lui et qu’il sommait souvent de la lui remettre pour la donner aux pauvres.

Ce n’est pas là l’unique acte du Saint homme de la maison d’El Hadj Oumar Tall. C’est pour simplement dire que nul n’était besoin de relater ici l’histoire de la natte de Néné Mame si ce n’était pour montrer que l’avis d’un tel homme sur Mame si ce n’était pour montrer que l’avis d’un tel homme sur Mame Ndiack est à prendre au sérieux. ».


S’il est des gens qui ont choisi certains personnages pour leurs exploits historiques dans la propagation de l’Islam, dans la décolonisation de certains territoires qui étaient sous occupation ou dans des guerres saintes, nous avons, quant à nous, choisi Mame Ndiack Elimane Abou Kane- notre grand père- pour la simple raison qu’il ne faut pas chercher loin ce qu’on a à portée de main et, convaincus que certaines valeurs continueront à éclairer le monde de leurs lustres, nous n’avons pas hésité de parler de ce grand père qui, pour tous ceux qui l’ont côtoyé, reste un exemple vivant d’humilité, de justice, de solidarité, d’amour de l’autre et de générosité. Référence :

- Ould Ahmed Youra, traduit par Paul Marty, en1910.

- Maitre Moctar Ould Ely, Avocat à la Cour.

- Le grand érudit El Hadj Saidou Nourou Tall.

- Ismail Ould Sidi Abdellahi, Directeur Général de l’Institut Islamique Sunnite de Boutilimit.

- Le grand historien le Docteur Feu Saidou Kane, dans son témoignage du 20 fév.2006 intitulé : « Mame Ndiack Kane : Un Idéal de justice et d’humanité ».

- Madame Aissette Kane, sa fille, Ex-minitre.

- Monsieur Kane Mohamedou Elimane, son petit-fils, Poète et Professeur.

 


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