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07-05-2012

05:14

Les alliés d'al-Qaida détruisent un tombeau sacré à Tombouctou

Les dirigeants de l'Afrique de l'Ouest sont prêts à envoyer des troupes au Mali, où les islamistes de la ligne dure désacralisent des sites du patrimoine vieux de plusieurs siècles. Des islamistes d'Ansar al-Din, le mouvement affilié à al-Qaida, ont attaqué et incendié la tombe de l'un des saints de Tombouctou, vendredi 4 mai.

Les attaquants ont brisé des portes, des fenêtres et les portails en bois menant à la tombe de l'intellectuel musulman Sidi Mahmoud Ben Amar, et y ont mis le feu. Les autorités maliennes par intérim ont dénoncé cette attaque contre ce site inscrit au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO, parlant d'un "acte indescriptible".

"Ils ont promis de détruire d'autres tombeaux ; Tombouctou est sous le choc. Ils veulent maintenant prendre le contrôle d'autres tombes et de manuscrits", a déclaré à l'AFP un responsable, sous couvert de l'anonymat.

Cette attaque contre ce site sacré est intervenue un jour après la dernière réunion de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Dakar. Le bloc régional a critiqué la dégradation des conditions de sécurité et de la situation politique au Mali après les récentes confrontations armées entre les insurgés et la garde présidentielle, lors desquelles plusieurs civils ont été tués et blessés.

Les dirigeants des quinze Etats membres de la CEDEAO ont publié un communiqué dans lequel ils demandent au gouvernement du Président par intérim Dioncounda Traoré d'établir une feuille de route qui mettra fin au report des élections présidentielle et législative dans le pays.

Le bloc a également déclaré que la force militaire régionale qu'ils sont convenus de mettre en place lors d'une précédente réunion était prête et attendait désormais la demande officielle du gouvernement malien. Ils ont également souligné que des consultations étaient en cours avec les partenaires pour financer le déploiement de cette force.

Sur ce point, l'AFP a indiqué qu'une rencontre avait eu lieu entre une délégation des leaders du coup d'Etat, composée de quatre militaires et civils, et le Président burkinabé Blaise Compaoré, mais qu'ils n'étaient pas parvenus à un accord sur la durée de la période intérimaire. Le ministre des Affaires étrangères du Burkinabe Faso Djibrill Bassolé a déclaré : "La junte malienne a fait part de sa volonté de poursuivre les discussions avec un médiateur de la CEDEAO jusqu'à ce qu'une solution finale soit trouvée aussi rapidement que possible."

Pour sa part, Le Journal du Mali a expliqué que cette délégation militaire malienne et le chef de l'Etat burkinabé s'étaient mis d'accord sur la prolongation du mandat des députés, sur l'organisation de l'armée et sur la formation d'un comité militaire chargé de procéder aux réformes des forces de défense et de sécurité.

Quant à la situation sur le terrain dans le nord du Mali, la junte militaire a encouragé la CEDEAO à entamer le dialogue avec le gouvernement par intérim pour tenter de restaurer l'intégrité territoriale malienne et de rétablir l'autorité de l'administration malienne. Par ailleurs, des contacts sont toujours en cours entre le gouvernement malien et les mouvements armés dans le nord, et des négociations devraient débuter prochainement.

Le dernier cycle d'entretiens de la CEDEAO intervient alors que la situation sécuritaire et économique a continué de se dégrader pour les citoyens dans la région nord du Mali appelée l'Azaouad.

Des manifestants sont à nouveau descendus dans la rue mardi à Tombouctou pour demander la restauration de la paix. Ils ont également critiqué l'inaction du gouvernement malien, qui n'a rien fait fait pour résoudre les problèmes économiques des citoyens, a expliqué à Magharebia Abdallah Gamu, un fonctionnaire gouvernemental à Tombouctou.

"Nous avons commencé notre marche en face du bâtiment de la municipalité et marché en direction de la vieille ville pour exprimer la colère des habitants quant à leurs mauvaises conditions de vie", a expliqué Mohamed Cissé à Magharebia par téléphone. "Cela fait plusieurs mois que nous n'avons pas recu nos salaires ; comment pouvons-nous subvenir aux besoins de nos familles ?"

Une autre manifestation devait être organisée samedi 5 mai à Gao, pour exiger le départ des groupes terroristes armés de la ville, mais elle a été reportée à la demande de l'assemblée constituante du Mouvement national pour la libération de l'Azaouad (MNLA), selon Mubarak Ag Mohamed, l'un des porte-parole du MNLA.

"Il a été décidé de reporter cette manifestation à une date ultérieure non spécifiée, dans l'attente du résultat des négociations en cours entre le MNLA et d'autres factions", a-t-il expliqué à Magharebia. "Selon les informations dont nous disposons, tout semble indiquer qu'Ansar al-Din nous rejoindra en échange de certaines conditions liées à la prise en compte de la sharia islamique comme source de la loi."

Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott


 


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