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05-02-2012

05:58

Des théologiens arabes critiquent la pensée extrémiste.

Un groupe d'éminents théologiens du monde arabe se sont rassemblés à la fin du mois dernier à Nouakchott pour discuter de la modération religieuse et élaborer un discours permettant de lutter contre la pensée extrémiste.

"La Mauritanie continuera de favoriser la politique du dialogue et des débats intellectuels avec les jeunes qui ont été recrutés dans la violence et l'extrémisme, pour parachever le succès du dialogue lancé il y a deux ans
", a déclaré le Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz lors de l'ouverture de ce forum organisé du 22 au 24 janvier. "Cette conférence permettra de dissiper les incertitudes, de clarifier les impuretés, et d'expliquer l'approche de la pensée réformiste face à l'extrémisme", a-t-il ajouté.

L'ancien Premier ministre soudanais et leader religieux Sadiq al-Mahdi, l'Egyptien Montasser el-Zayat et Abdullah Bin Bayyah, un théologien mauritanien vivant en Arabie saoudite, comptaient au nombre des participants à ce forum organisé par le Forum mondial pour la modération en partenariat avec le ministère mauritanien des Affaires islamiques.

Confrontés à une hausse sans précédent de la violence, les Etats arabo-musulmans doivent mettre en place des stratégies à plusieurs volets favorisant le dialogue sur la base de la raison et de la sagesse, pour mettre un terme une fois pour toutes à ce phénomène, ont souligné les participants. Cette conférence survient à "un moment décisif dans le combat que mène la nation contre l'extrémisme" au nom duquel les partisans de l'idéologie violente ont "terni l'image de l'Islam, entraînant de graves atteintes sociales et idéologiques", selon Ahmed Ould Nini, ministre mauritanien des Affaires islamiques.

"La victoire contre les partisans de l'extrémisme et du terrorisme ne sera possible qu'avec les efforts concertés de tous ceux qui ont une influence sur le devenir de cette nation du fait de leur rôle d'orientation et de direction fondé sur la propagation de l'Islam par la persuasion et l'appel aux âmes et aux consciences, loin du langage de la violence, de l'exagération et de l'extrémisme",
a-t-il expliqué.

L'objectif est de développer un discours destiné à contrer l'idéologie des groupes terroristes en démantelant les piliers de l'idéologie takfiriste militante. "La nation musulmane a besoin d'un discours modéré qui contre la pensée par la réflexion sur toutes les questions religieuses et du monde, loin de la violence", a déclaré al-Mahdi. "L'Islam ne s'est pas diffusé par l'épée et par la force, contrairement à ce qui est présenté de lui, mais par la tolérance et l'acceptation dans les cœurs."

"Répondre aux aspirations des peuples et à leurs demandes réelles est la seule manière de sortir de la crise que connaissent actuellement les pays musulmans, et c'est une condition indispensable à la mise en place d'un changement pacifique, à la restauration de l'esprit de la charia islamique, loin du discours violent et du takfir"
, a-t-il ajouté.

Ce forum s'est conclu par l'adoption de "l'Appel de Nouakchott", qui souligne le rôle des femmes, des jeunes, des érudits et des médias dans le combat contre l'extrémisme. Il appelle les penseurs religieux du monde entier à "mettre de côté leurs différences et rapprocher les nations et les peuples pour éviter les déviances".

Les participants sont également convenus d'organiser de tels rassemblements chaque année et de s'attacher en particulier à orienter les jeunes sur la bonne voie, basée sur la pensée islamique modérée. Marwan al-Faouri, secrétaire général du Forum mondial pour la modération, a confirmé que la modération est "une valeur essentielle qui symbolise la justice dans sa plus noble acception, rejette la violence et renonce à l'extrémisme".

Cette rencontre proposait des conférences et des présentations de hauts dignitaires religieux. Les discussions ont porté sur le rôle des institutions d'enseignement et de la famille dans la lutte contre le discours violent, le rôle des jeunes dans la réforme, et l'importance de l'Etat civil dans le concept de l'Islam. Les participants se sont également intéressés aux concepts de walaa (allégeance) et de baraa (désaveu). Ce qui pousse les terroristes à accuser les autres d'apostasie est leur compréhension erronée de ces deux concepts, a expliqué Mohamed Ould Abdullah, un participant.

Le conférencier Mohamed Ould Mahjoubi a reconnu que l'ignorance, l'inimitié, l'esprit de revanche, la corruption des amis et l'absence du rôle de la mère comptent au nombre des causes de l'extrémisme. Mohamed al-Talabi, membre du Forum marocain pour la modération, estime quant à lui qu'il convient de soutenir les groupes de foi et de fraternité destinés aux jeunes Musulmans.

"Les extrémistes dépendaient de divisions qui n'existent plus pour les Musulmans, notamment la division de la terre entre terre d'Islam et terre du kufr (incroyance). En tant que Musulmans, nous ne sommes plus isolés sur une île. Nous devons donc coopérer et traiter avec le monde extérieur", a déclaré Abdullah Ould Ali, un magistrat présent à ce forum.

Par Jemal Oumar
Pour Magharebia à Nouakchott

 


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