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La Mauritanie se rassemble derrière le gendarme enlevé
Parmi ceux qui ont critiqué l'enlèvement du gendarme se trouve un terroriste repenti, qui a cité la charia pour dissuader al-Qaida de faire du tort à son otage. Un groupe de militants mauritaniens a récemment lancé une campagne de soutien en faveur du gendarme enlevé par al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).
Cette initiative, baptisée "Nous sommes tous Ely Ould Moctar" demande la libération de cet officier, enlevé le mois dernier lors d'une opération audacieuse menée contre le poste de police auquel il appartenait, à proximité d'Adel Bagrou. La brigade "Al Vourghan" d'AQMI, dirigée par l'Algérien Yahya Abou El Houmam, serait responsable de cette attaque.
"Ce gendarme est le premier homme à être enlevé sur le sol de la Mauritanie", a expliqué Aziz Ould Souvi, le coordinateur de cette initiative et directeur de essaha.info. "Cela semble être un nouveau développement dans la guerre lancée par les groupes terroristes contre notre pays."
Cette campagne, dont le coup d'envoi a été donné le 1er janvier, pourrait inclure une marche de protestation vers la ville frontière d'Adel Bagrou et d'autres rassemblements de soutien, selon les organisateurs. Les militants utilisent également Facebook et d'autres sites de médias sociaux pour afficher leur solidarité. Plus de 500 personnalités nationales ont adhéré à cette initiative au cours des seules premières 48 heures, indiquent les organisateurs.
"Nous demandons également à l'organisation terroriste de ne pas faire de tort au gendarme", a déclaré Ould Savi à Magharebia. "En ce qui concerne l'aspect humanitaire, il a besoin d'attention, car outre ses fonctions d'agent de sécurité effectuant son devoir de protection de son pays, il est père d'une fille et la seule source de revenu d'une large famille. Nous espérons célébrer ensemble son retour dans sa famille."
Par ailleurs, la mère de ce gendarme, Fatimetou Mint Bake, en pleurs, a confié à Magharebia qu'Ely est son seul fils. "J'espère qu'il nous reviendra sain et sauf. Sa détention me rend très triste. Ses soeurs sont très inquiètes de cet enlèvement", a-t-elle dit.
Pour leur part, les autorités mauritaniennes gardent le silence concernant l'enlèvement d'Ely Ould Moctar. Aucun communiqué n'a pour le moment été publié, ni aucune conférence de presse organisée pour informer sur son état.
Par ailleurs, dans une lettre publiée par l'ANI, le militant salafiste Ahmed Ould Heinna Ould Mawloud a cité la charia pour demander aux dirigeants d'AQMI de libérer ce gendarme mauritanien.
"J'en appelle à vous pour assurer sa sécurité et pour accepter notre médiation, pour qu'il soit rendu sain et sauf à sa famille", a déclaré Ould Heinna. "J'espère que ces mots seront bien acceptés par vous, et que vous honorerez vos frères en acceptant cette demande sans conditions et dès que possible."
Ould Heinna est le beau-frère de Khadim Ould Semane, le leader de la branche d'AQMI en Mauritanie. Il avait été arrêté à plusieurs reprises en 2005 et en 2006 avant de renoncer à la violence et à l'emploi des armes contre la Mauritanie et son armée. Selon l'analyste et journaliste Mohamed Mahmoud Ebou Lmaaly, qui a interviewé Ould Heinna, il est "l'un des salafistes qui s'opposent à la violence".
"Un appel comme celui d'Ould Heinna peut pousser le groupe terroriste à relâcher le gendarme qu'il détient, dans la mesure où cet appel est étayé par des citations religieuses", a déclaré Hamadi Ould Dah, spécialiste du terrorisme. "Au moins, cela les placera dans une situation embarrassante dans le cas où la sécurité de ce gendarme serait mise en danger."
Le message d'Ould Heinna "est une indication claire qu'al-Qaida perd nombre de ses sympathisants, ou au moins ces personnes qui comprenaient une idéologie qui appelle à la violence", selon le journaliste Mohamed Ould Ebidy Cheriv.
"Lorsqu'un salafiste de cette envergure met en avant l'argument de la charia pour ne pas porter atteinte à un gendarme mauritanien enlevé, cela signifie que les dirigeants d'al-Qaida ont recours à de fausses interprétations des arguments de la charia pour servir leurs intérêts visant à obtenir de l'argent en échange de la libération de civils", a-t-il expliqué.
"C'est la pire utilisation de la religion, lorsque certains l'utilisent pour porter atteinte à d'autres personnes et obtenir de l'argent", a ajouté Ould Ebidy Cheriv.