20-01-2013 19:26 - Qui est la brigade Al-Mouthalimin, qui revendique la prise d'otages en Algérie ? [Vidéo]

Qui est la brigade Al-Mouthalimin, qui revendique la prise d'otages en Algérie ? [Vidéo]

La brigade Al-Mouthalimin ("les enturbannés"), dirigée par Mokhtar Belmokhtar, alias Khaled Aboul Abbas ou "Le Borgne" ou encore "Mister Marlboro", a revendiqué la prise d'otages, mercredi 17 janvier, sur le site gazier du géant pétrolier britannique BP à In Amenas, dans l'est de l'Algérie.

L'opération a été baptisée du nom de Abdel Rahim Al-Mauritani, un combattant décédé. "Cette brigade est issue d'un groupe qui a fait dissidence ou a été exclue d'Al-Qaida au Maghreb islamique [AQMI] à la fin de l'année 2012", indique Dominique Thomas, spécialiste des réseaux islamistes.

Dans cette vidéo en arabe diffusée début décembre, où Mokhtar Belmokhtar apparaissait pour la première fois à visage découvert armé d'une kalachnikov, il a annoncé sa rupture avec AQMI et la création de son nouveau groupe islamiste armé.

"Le groupe s'est reconstitué autour de son chef, Mokhtar Belmokhtar, et fort de cette nouvelle indépendance, il s'est rapproché du Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest [Mujao], mouvement qui contrôle une partie de l'est de la région du Mali, à Gao et autour de cette ville", précise-t-il.

La brigade serait constituée d'environ 200 à 300 militants, bien entraînés et bien armés. On ne sait pas exactement qui la compose. Selon le gouvernement algérien, les assaillants d'In Amenas ne seraient originaires ni du Mali, ni de Libye, "ni d'aucun autre état frontalier". Il semblerait que Mokhtar Belmokhtar piloterait l'opération depuis le Mali.

Lire : Au Mali, une coalition de groupes islamistes hétérogènes mais coordonnés

Une figure de la nébuleuse islamiste

Ancien chef charismatique d'AQMI, l'Algérien Mokhtar Belmokhtar est engagé depuis longtemps dans la nébuleuse islamiste. Né le 1er juin 1972 à Ghardaïa, en Algérie, Mokhtar Belmokhtar se présente lui-même comme un djihadiste précoce. Dans une interview diffusée en 2007 sur des sites islamistes, il affirme s'être rendu en Afghanistan à l'âge de 19 ans pour y acquérir une formation et une expérience au combat.

Son retour en Algérie en 1992 coïncide avec le véritable lancement de sa carrière de djihadiste. Il combat d'abord durant la guerre civile algérienne au sein du Groupe islamique armé (GIA) puis participe à la création du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui élargit progressivement ses opérations dans différents pays du Sahel en y attaquant les forces de sécurité.

Le GSPC fait par la suite allégeance à Al-Qaida et devient le représentant de la nébuleuse islamiste en Afrique du Nord sous l'appellation d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Mokhtar Belmokhtar prend la tête d'un des deux bataillons d'AQMI dans le sud désertique de l'Algérie, à la frontière avec le Mali. Dans ses nouvelles fonctions, il est soupçonné d'implication dans l'enlèvement de 32 touristes européens en 2003, dans les négociations en 2008 pour la libération de deux Autrichiens et dans les négociations en 2009 pour la libération de deux Canadiens. Mokhtar Belmokhtar a été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité par la justice algérienne après le meurtre de 10 gardes-frontières algériens en 2007.

"Gangster djihadiste"

Au-delà de son implication dans des enlèvements, il est réputé pour être l'un des plus importants "gangsters djihadistes" du Sahara. Il s'est imposé dans la fourniture d'armes aux groupes islamistes de la région et dans le trafic de cigarettes, ce qui lui vaut le surnom de "Mister Marlboro" au sein des populations locales, selon les médias français. Enlèvements et trafics divers, des armes aux drogues en passant par les cigarettes et les êtres humains, alimentent une économie parallèle basée sur la criminalité dans le Sahara et estimée à des millions de dollars.

Les responsables militaires américains le considèrent comme un "logisticien" et un "fixeur" dans le Sahara, selon Stephen Ellis, professeur au Centre d'études africaines de Leyde, aux Pays-Bas. "C'est l'un des seigneurs de guerre les plus réputés du Sahara", explique ce dernier. Ses diverses activités lui ont permis de nouer des liens étroits avec les communautés touarègues, notamment avec les combattants qui ont participé au printemps 2012 à l'offensive ayant abouti à la prise du nord du Mali avec leurs alliés islamistes de l'époque. Pour asseoir son influence dans la région, il aurait notamment pris des Touarègues pour épouses.

Une chaîne de télévision algérienne a rapporté en juin qu'il avait été tué dans des combats entre islamistes et séparatistes touaregs à Gao, dans le nord du Mali. L'un de ses collaborateurs a par la suite démenti sa mort.

Une action concertée

Par la prise d'otages à In Amenas, la brigade de Mokhtar Belmokhtar, restée calme depuis son retrait d'AQMI, fait un retour spectaculaire au sein de la coalition des groupes islamistes combattants au Mali. "On voit bien qu'il y a une communauté de vues et une coordination entre tous ces groupes. La brigade Al-Mouthalimin rappelle ainsi son existence et assoit sa légitimité vis-à-vis des autres organisations armées", commente Dominique Thomas.

Dans un entretien exclusif au site mauritanien Al-Akhbar, publiée le 28 novembre 2012, Mokhtar Belmokhtar avait déclaré qu'il fallait respecter le choix du peuple azawad "d'appliquer la charia islamique sur sa terre. [...] Tout pays maintenant qui tenterait d'imposer le contraire ou interviendrait dans l'Azawad serait considéré comme un oppresseur, un agresseur qui s'attaquerait à un peuple musulman appliquant la charia sur son territoire".

"Son organisation est entrée dans une gestion concertée avec le Mujao mais on ne lui prêtait pas une influence dans le territoire algérien. Pourtant, étant lui-même algérien, il a une connaissance du terrain et des complicités", poursuit le chercheur. Par ailleurs, l'homme avait montré avant la scission avec AQMI à la fin de l'année des velléités de cultiver ses réseaux libyens, selon Dominique Thomas.

"Les divergences du passé, tenant notamment à des egos incompatibles, sont gommées au profit de cette opération, opérée d'une manière concertée", poursuit-il. Mokhtar Belmokhtar était critiqué au sein de l'organisation pour sa propension à s'intégrer au paysage local, notamment en acceptant de rentrer dans les trafics. "Cela diverge avec la ligne officielle d'AQMI, qui se présente comme une organisation vertueuse et rigoureuse contre les trafics. Mais, pragmatiquement, sur le terrain, elle s'intègre aux réalités locales", indique Dominique Thomas. Chez Belmokhtar, l'implication dans les trafics était devenue un "axe trop structurant", note le spécialiste.

Hélène Sallon




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