31-10-2012 01:38 - Nord-Mali: ces populations qui disent non aux islamistes

Nord-Mali: ces populations qui disent non aux islamistes

Dans le nord du Mali, occupé par les islamistes, certains refusent de se soumettre à l'application stricte de la charia. Reportage.

Sur le terrain, l’application de la charia a laissé des traces: mains et pieds coupés pour les voleurs, coups de fouet pour des délits mineurs, interdiction de fumer, de regarder la télé, mariage précoce pour les filles…

L’image des djihadistes en a pris un bon coup: ils sont devenus de plus en plus impopulaires.

Désobéir pour resister

Du coup, une forme de désobéissance civile s’installe. Le jour de la tabaski (fêt du mouton, le 26 octobre 2012), des femmes de Douentza ont bravé l’obligation de porter le voile.

Assise dans la cours de sa maison dans un quartier populaire de Douentza (ville située à la limite du sud et du nord du pays), une dame, entourée de ses deux enfants, explique:

«Regardez mes jolies tresses. En ce jour de fêtes, ils (djihadistes) veulent que je me voile de la tête aux pieds. J’ai refusé et je suis venue m’asseoir dans ma cour. S’ils ne sont pas d’accord, ils n’ont qu’à venir chez moi.»

Son époux, fier de sa réaction, ajoute:

«Ils ne vont pas venir ici pour nous enseigner l’islam. Ils ne savent pas ce qu’est l’islam. Nous avons connu l’islam avant eux. Nous sommes chez nous, et nous resterons chez nous.»

Les jeunes de la localité contestent également ouvertement l’autorité des djihadistes. Une histoire est délicieusement racontée dans la cité.

«La semaine dernière, explique un jeune habitant de Douentza, vers une mare, un djihadiste a été surpris avec une femme. Le promeneur lui a demandé s’il était marié. Le djihadiste surpris par tant d’aplomb a répondu oui. Les preuves de ce mariage demandées, il a voulu réprimander le jeune curieux. Ce dernier a rapidement réuni ses amis qui ont débarqué sur les lieux. Le djihadiste a été déshabillé et fouetté comme si on lui appliquait la charia. Tout ça, devant la fille qu’il draguait.»

D’autres jeunes n’hésitent plus à fumer publiquement.

«Moi, j’ai vu un islamiste fumer un jour, et moi aussi, j’ai tout de suite sorti une cigarette pour fumer. Il m’a regardé, et moi aussi, je l’ai regardé. Il n’a rien dit. Il a continué son chemin, et moi aussi j’ai continué mon chemin», explique avec fierté N. Souaré.


Source : Slate Afrique
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