21-04-2012 08:02 - Le patrimoine de Tombouctou menacé par les extrémistes

Le patrimoine de Tombouctou menacé par les extrémistes

L'UNESCO a demandé aux pays voisins de l'aider à protéger la légendaire cité malienne. Alors que Tombouctou est tombée aux mains de groupes islamistes armés alliés à al-Qaida, une inquiétude certaine transparaît concernant la préservation de ce site légendaire inscrit au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO.

La directrice générale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Irina Bokova, a appelé le mardi 17 avril les voisins du Mali à aider son organisation à empêcher tout acte de vandalisme ou de destruction du patrimoine culturel de Tombouctou, vieux de plusieurs siècles.

"Les rapports concernant la prise par les rebelles de l'Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB) de Tombouctou et d'autres institutions culturelles sont un sujet de grande préoccupation", a écrit le quotidien français Libération citant la directrice générale.

"Ces centres contiennent d'anciens documents, manuscrits ou copiés localement, et d'autres écrits au Maroc, en Andalousie ou dans certains pays africains, ou envoyés à Tombouctou par des pélerins de pays islamiques lointains il y a des centaines d'années", a ajouté Bokova.

Ces documents, a-t-elle déclaré, datent de "l'âge d'or de Tombouctou, entre les XIIème et XVème siècles", et couvrent des sujets "allant d'études religieuses aux mathématiques, à la médecine, à l'astronomie et à la musique".

Moussa Ag Hamta, propriétaire d'une bibliothèque privée, a expliqué à Magharebia que les inquiétudes de la directrice générale de l'UNESCO étaient partagées par les habitants de Tombouctou, qui lient leur histoire à ces centres historiques.

"Je suis fier des documents que je possède, parce qu'ils traitent de nombreuses sciences", a-t-il déclaré. "Ils sont également pour moi une source de revenu, par le biais des sommes payées par les touristes européens pour les consulter. Mais la prise de la ville par des groupes islamistes extrémistes a mis un coup d'arrêt aux séjours de touristes européens et m'a contraint à cacher ces documents, sous peine de devoir les détruire ou les remettre à ces groupes."

"Ces derniers considèrent en effet ces documents comme une hérésie et estiment que leur conservation est une sorte de dévotion contraire, selon eux, à la charia islamique", a-t-il conclu.

Ibrahim Ag Nita
, un habitant de la ville, a décrit cette scène : "Il y a deux jours, certains éléments d'Ansar al-Din et d'al-Qaida sont entrés au Centre de documentation de l'institut Ahmed Baba et ont déclaré aux personnes présentes que la charia islamique n'autorise que les ouvrages religieux islamiques parce qu'ils permettent de diffuser la doctrine, et que les ouvrages traitant d'autres sciences, comme les mathématiques, l'astronomie et d'autres encore, ne sont pas utiles pour les Musulmans et doivent être retirés de la circulation."

"Après quoi, ils ont emporté des sacs en plastique contenant certains documents et sont partis pour une destination inconnue", a-t-il expliqué.

"Les gens ici craignent que ne se répète ce que les Talibans avaient fait lorsqu'ils avaient détruit certaines statuts du Bouddha, les considérant comme des monuments idôlatrés par le peuple", a-t-il ajouté. "C'est exactement la même opinion que ces extrémistes ont du patrimoine de l'humanité, en affirmant que l'intégralité de celui-ci n'est rien d'autre qu'une hérésie qui doit être détruite."

Pour leur part, les intellectuels mauritaniens ont condamné les attaques contre le patrimoine culturel dans le nord du Mali en général, et à Tombouctou en particulier.

"J'exprime ma condamnation la plus ferme des actes commis contre les manuscrits de Tombouctou, qui était, au Moyen-Âge, un vaste centre culturel islamique pour tous les royaumes du Sahara", a déclaré Tarba Min Amar, du ministère mauritanien de la Culture, à Magharebia.

Tombouctou a été ces dernières années une importante destination du tourisme culturel, la ville contenant entre soixante mille et cent mille manuscrits, qui viennent s'ajouter aux mosquées et aux tombeaux des rois des empires soudanais qui s'étendaient sur le Sahara et l'Afrique de l'Ouest, ainsi que des bâtiments datant de plusieurs siècles.

Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott



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