17-03-2012 12:39 - Printemps arabe : 'une phase d'instabilité où le religieux fait un retour en force'.
En voyage à Paris, cinq femmes parlementaires de Bahreïn, émirat où les femmes jouissent d'un statut unique dans le monde arabe, ont livré leurs réflexions sur le "printemps arabe". Un an après, elles sont très sceptiques sur les conséquences des événements. TF1 News les a rencontrées.
Un an après les premiers troubles, Bahreïn est ces jours-ci à nouveau le théâtre de manifestations appelant à l'établissement d'une monarchie constitutionnelle. En février 2011, l'émirat avait connu un soulèvement sans précédent. L'opposition, dirigée par la majorité chiite, réclamait la fin de la dynastie sunnite. Mais les troubles n'avaient duré qu'un mois.
Le mouvement de révolte avait été maté en mars 2011 après l'envoi de soldats par l'Arabie Saoudite et le Koweït. Le monarque s'était alors engagé à faire des réformes. Elles tardent à venir aux yeux des opposants.
Si les chiites réclament plus de droits, les femmes, en revanche, jouissent d'un statut que leur envient leurs consœurs de la région. Elles peuvent voyager sans autorisation, travailler, conduire, voter et être élues au parlement. Cinq d'entre elles ont tenu à venir en Europe pour parler de leur conception du rôle de la femme arabe dans le monde d'aujourd'hui. Trois sont élues au Parlement et deux autres sont membres de la chambre haute, la Choura.
TF1 News : Quel regard portez-vous sur le "printemps arabe" ?
Hala Ramzy Fayez, membre de la Choura : Je ne suis pas d'accord avec le terme "printemps". Pour moi, "printemps" signifie "renouveau" ou "amélioration". Aujourd'hui, je ne vois pas d'amélioration. C'est même l'inverse. On est entré dans une phase d'instabilité où le religieux fait un retour en force.
TF1 News : Êtes-vous contre ce qui s'est passé ?
H.R.F. : Je pense que c'était inévitable. Dans tous les pays, en Egypte, en Tunisie, au Yémen, le mécontentement social était trop fort. Il ne pouvait plus être contenu. Sans réformes profondes, cela devait exploser. C'est ce qui s'est passé. Mais les manifestants n'avaient aucune expérience politique, ils n'avaient pas de chef, ils n'étaient pas organisés. Ils vont devoir apprendre et évoluer. Tout cela va prendre du temps.
TF1 News : A Bahreïn, quand les manifestations ont commencé, qu'avez-vous pensé ?
H.R.F. : Au départ, les revendications étaient justes, économiques, sociales. Cela a dérapé. Les manifestants ont voulu renverser le régime. On a commencé à parler du rôle de l'Iran qui manipulait les manifestants et l'opposition. Je n'étais plus d'accord. Il faut savoir que depuis 2002, notre pays a commencé à évoluer vers plus de démocratie. Les gens ont été autorisés à élire des députés.
TF1 News : Quelles sont les conséquences des manifestations de février 2011 et de la répression qui a suivi ?
H.R.F. : Aujourd'hui, rien n'est réglé, La société est très divisée. Des gens qui se parlaient avant, qui étaient amis, ont cessé de se voir. Cela prendra du temps.
TF1 News : Après la démission de 18 députés de l'opposition, le gouvernement a organisé des élections partielles à l'automne. Certaines femmes se sont présentées malgré l'appel au boycott de l'opposition.
H.R.F. : C'était une chance pour les femmes mais cela n'a pas été facile. Certaines, en particulier, les chiites, ont reçu des menaces. Mais elles ont tenu.
TF1 News : Il y a encore des manifestations aujourd'hui. Les changements promis tardent-ils à se mettre en place ?
H.R.F. : Les discussions sont en cours pour mettre en place les amendements constitutionnels. Le Parlement va avoir plus de pouvoir. Il pourra par exemple censurer la politique suivie par le gouvernement. Le roi sera obligé de limoger son Premier ministre. Attendons avant de juger.
TF1 News : Quel avenir pour les femmes dans la région ?
H.R.F. : Je crois que l'on a un rôle à jouer. A Bahreïn, nous avons plus de droits. On peut décider de se marier sous la loi sunnite ou chiite -la première est plus favorable aux femmes. Nous nous battons aujourd'hui pour unifier les codes. Nous devons parler, agir. Il y a encore de la marge.
A terme pour apaiser les tensions et les rivalités communautaires, je pense que la religion devrait être séparée du politique. Dans notre pays, l'islam est source d'inspiration de la loi mais pas sa source unique. La religion est quelque chose de très personnel, d'intime qui concerne le domaine privé. La politique et les lois constitutionnelles devraient se concentrer sur la gestion du champ social.
Par Patricia Allémonière
